Conquête des panneaux pédestres

Un jour de septembre 2008, fasciné par le nombre de destinations présentes sur les panneaux de tourisme pédestre qu'un rapide coup d'oeil lui permet de voir devant la gare de Moutier, Fauvette émet l'idée de se rendre en groupe à chacune de ces 25 destinations. Sans délai, l'idée atterrit sur notre forum et décision est prise de se lancer dans cette conquête extraordinaire de ces lieux importants régionaux. 25 points de passage, que nous décidons de répartir en huit randonnées, de quoi remplir un certain nombre de nos dimanches par des marches riches en paysages et en discussions. Cumulées, ces marches représentent une distance de 141 kilomètres (l'équivalent d'un trajet Moutier - Lausanne par la route) et 6'000 mètres de dénivelé (soit l'altitude du Kilimandjaro, la plus haute montagne du continent africain.)

Une conquête sans un peu d'organisation, ça ne fonctionne pas. Le concept des panneaux tient en quelques règles du jeu simples : une photo de groupe aà chaque lieu de passage, la photo se fait en uniforme, les marches se font avec le foulards étant donné que c'est une activité valorisant le scoutisme auprès de la population. Pour terminer ces directives, chaque randonnée est présentée sous la forme d'un article sur ce site Internet, rédigé à tour de rôle par l'un des participants.

Ce dossier résume en quelques lignes chacune des huit randonnées qui nous ont, au fur et à mesure des kilomètres réalisés, rapproché de notre but ultime, la conquête, photos à l'appui, de toutes les destinations figurant sur les panneaux de la gare de Moutier.

25 destinations réparties en 8 randonnées, c'est l'aventure dans laquelle nous nous sommes lancés.

Première randonnée : Courrendlin

Le coup d'envoi de ces conquêtes est donné en février 2008. Dans les starting blocks à la gare, Fauvette, Couguar, Tortue et Rossignol. Pour une première, ça commence fort : la montée sur la montagne de Moutier est rapide, mais extrêmement pénible. Il faut dire que nous sommes en hiver, et la neige est bien là. Notre motivation fébrile nous donne des ailes, le sommet est atteint en un temps reccord. Une fois en haut, les raquettes sont franchement obligatoire. C'est Couguar qui prend la tête ce jour-là pour tracer dans la poudre blanche le chemin que nous suivons avec peine. Après un pique-nique très rapide, la descente sur Vellerat est entamée, à travers des pâturages qui deviennent méchamment glissants, bref seul Couguar et ses raquettes (à l'envers mais tellement performantes, nous tairons ici la marque de son équipement) reste debout du haut en bas.

Première marche, rapidement dans la neige. Heureusement que les raquettes existent.

Deuxième randonnée : Tramelan

Passage par la tour de Moron. Le départ, matinal, se fait en douceur. La journée va être longue, et nous le savons tous. Après quinze minutes de marche, Couguar nous oblige à faire la première pause ; il a oublié ses gants, et profite que nous passions devant chez lui pour remédier à son manque de préparation. L'addition des deux séances scoutes et du carnaval du soir précédent semble avoir perturbée sa logique d'organisation. Le temps de boire notre première golette, et c'est reparti. Nous atteignons la tour de Moron en 2 h 30. Pratiquement pas de vent, contrairement aux habitudes. La suite du trajet s'annonce sportive et scoute, le vent se lève rapidement, le temps se couvre, les directions ne sont déterminées que grâce à la boussole et au GPS. Le paysage est monotone durant les heures qui suivent, notre pique-nique, pris en catimini dans un hangar, ne parvient pas à nous réchauffer tous, et les différents composants des raquettes de Martinet commencent à dangereusement se détacher les uns des autres, pour finir par complètement le lâcher. Schade pour lui, il terminera sa marche à pied. Puis, soudain, le soleil parvient à transpercer la brume qui nous enveloppe. Et nous découvrons, sur notre gauche, à quelques kilomètres, le Chasseral, pris entre deux plans de nuages. Vision mystique et mystérieuse. Le temps semble suspendu un instant, avant que le brouillard ne reprenne ses droits. L'arrivée sur Tramelan se fait en descendant à travers la forêt, dans une neige mouillée mais pas encore tassée. Quelques minutes passent avant que le train n'arrive et ne nous ramène à Moutier. Le deuxième itinéraire est ainsi bouclé, dans une fatigue justifiée.

Pause photo sous la grandiose tour de Moron, dessinée par l'architecte tessinois Mario Botta, et construite par les jeunes apprentis de la région, notamment des scouts.

Troisième randonnée : Gänsbrunnen

Moutier - Gänsbrunnen est une des randonnées les plus accessibles de notre répertoire, ce qui tombait assez bien compte tenu des 11 jours de marche déjà effectués auparavant par deux des participants. Départ de la gare à Moutier direction Eschert, le ciel nous a vite fait comprendre que nos imperméables ne restraient pas longtemps au fond du sac. Passé Eschert les choses sérieuses commencent : la montée du Graitery par un "tout nouveau chemin", récemment défini comme chemin de randonnée pédestre. Malheureusement le nouveau chemin n'était que virtuel, ou alors nous ne l'avons pas trouvé… Arrivés à l'Oberdörferberg, nous tombons par le plus pur des hasards sur des personnes connues qui nous convient au grand repas organisé là-haut, avec animation musicale et tout ce qui s'en suit. La partie de cartes ayant duré un peu long, c'est au pas de course que nous devons entreprendre la descente sur Gänsbrunnen pour réaliser la traditionnelle photo devant le panneau officiel !

Quatrième randonnée : les Raimeux

Ce dimanche, le trajet est le suivant : il nous faut tout d'abord rejoindre Belprahon, puis passer par son Raimeux, le Raimeux de Grandval, le sommet du Raimeux, le Raimeux de Crémines, et enfin redescendre sur Crémines. Petit parcours, en somme, ce n'est pas lui qui nous fait peur car nous avons déjà fait bien plus terrible (le souvenir de la quête de Tramelan en raquettes l'hiver dernier est encore dans tous les esprits) ; la crainte de la journée est le mauvais temps qu'on nous annonce pour l'après-midi. Nous profitons d'un surplomb sur le Grand Val pour faire une petite pause et admirer les villages en dessous. D'ailleurs, depuis là, on voit aussi le terrain sur lequel se déroulera Scout Airlines, le camp jurassien l'année d'après. C'est étrange de s'imaginer que les constructions, à l'époque sur papier, y sortiront du sol quelques mois plus tard. Le panorama qui s'offre à nous prouve que notre région est exceptionnellement belle lorsqu'on sait l'admirer. Après un dernier effort, nous arrivons au sommet de Raimeux, au signal, à 1302 m. L'après-midi est entamé, et nos estomacs réclament leur dû. Nous mangeons en contre-bas, sur un tapis de feuilles. Durant la descente, les discussions tournent autour de l'amélioration du site internet et de la formation scoute, deux sujets qui ne vous laissent jamais à cours de commentaires. C'est le petit train rouge qui nous ramène à Moutier depuis Grandval, clôturant tranquillement cette magnifique randonnée automnale.

Fauvette et Busard contemplent le lieu d'où les constructions du camp ju sortiront de terre en septembre 2010.

Cinquième randonnée : Bellelay

À nouveau une sortie en raquette, avec une tirée fort longue depuis Moutier jusqu'à Souboz, où la neige, lourde, nous empêche de progresser à bon rythme. Heureusement pour nous, un chamois vient nous narguer quelques secondes sur les hauteurs des Ecorcheresses. Perché sur son rocher, il décide brusquement de nous faire face et de traverser le sentier que nous suivons depuis plus de deux heures. La photo au Pichout est mémorable : en raquettes sur une barrière de protection des usagers de la route, ça tangue ! L'arrivée à Bellelay est incroyable, le hameau dégage une puissance phénoménale. Enfin… pas pour tout le monde, il faut avouer que la tarte aux abricots avalée en attendant l'arrivée du bus fait diversion pour plus d'un.

Sixième randonnée : Tavannes

Pour comprendre l'ambiance de cette marche, il faut la replacer dans son contexte. Nous sommes en automne 2010, les participants ont reçu une mystérieuse circulaire comme invitation au camp interchef. Des énigmes semblent les mettre sur la voie d'une coordonnée, mais très peu d'éléments sont informatifs. La quasi totalité de la rando se fait donc en évoquant les hypothèses les plus folles sur le sujet. Et c'est dans cette humeur d'agent secret que nous partons pour Tavannes, sous une petite pluie peu sympathique qui, on le sent, a envie de se manifester. Fou-rires lors du passage à Loveresse, où des lamas sortis de nul part nous montrent leurs dents dans des sourires forcés. Cet instant restera un épisode mythique de nos conquêtes !

L'un des lamas rencontrés en passant près de la commune de Loveresse.

Septième randonnée : Graitery

Et une fondue dans un mètre de neige au Graitery, à la lampe frontale ! Voilà comment les scouts célèbrent à leur manière les fêtes de fin d'année. Après quelques heures de marches, en raquettes à nouveau, nous trouvons un petit coin à l'abris du terrible vent qui souffle ce soir-là. Pas possible de s'asseoir sans geler immédiatement sur place. Il faut bouger, se secouer, se trémousser pour survivre. Mais qu'est-ce que cette fondue est bonne. Nous ne prenons pas le temps de digérer pour entamer la descente, par les échelles de Graitery, en raquettes. Nous profitons de l'occasion pour admirer les lumières de la région, Moutier et le Grand Val, constellations minuscules qui repeignent le manteau de neige couvrant toute la région. C'est un pur moment de bonheur qu'il nous est donné de profiter.

Huitième et dernière randonnée : Sonceboz

Dernière randonnée pour notre courageuse équipe. Comme si cela ne suffisait pas, il est décidé de la faire sur un week-end entier, histoire de profiter de la vue rencontrée au sommet du Montoz, qui couvre une belle partie du Seeland et offre un magnifique aperçu du Chasseral. La première partie de la randonnée jusqu'à Court, particulièrement légère et agréable, n'est que très peu représentative de ce qui suit : la rude montée du Montoz. Après une période d'activité pulmonaire intense et quelques toussotements, restes de la vague de grippe qui a frappé durant les semaines précédentes, la montée touche à sa fin pour laisser place à un moment beaucoup plus apprécié : le repas de midi. Une fois à nouveau en route, notre attention est rapidement attirée par un véhicule blanc connu qui faisait un demi-tour sauvage au milieu des pâturages. Vaz-y que ce n'est pas nos cordées ?! qui étaient en reconnaissance pour leur camp du week-end suivant (la bonne excuse pour ne pas participer à la randonnée). Le lieu de camp numéro 3 (les deux premiers s'étant montrés radins en panorama) n'est plus bien loin. Une fois sur place, seuls les tâches vitales sont accomplies :  montage d'un abris, popote, vaine tentative de mise en ligne d'une photo avec un smartphone, première ébauche du plan d'engagement de la braderie de cette année, dernier coup d'oeil sur l'incroyable Chasseral pris dans les brumes vespérales, puis dodo. Malgré le changement d'heure et le réveil à 6 h 30, la durée et le confort du sommeil étaient largement suffisants pour permettre une descente sur Sonceboz sans intervention ambulatoire malgré un chemin qui n'aurait pas été forcément des plus adaptés pour une randonnée avec des louveteaux.

Épilogue

L'aventure a été vécue complètement ou partiellement par 6 personnes : Rossignol, Fauvette, Tortue, Couguar, Martinet et Busard. Cela nous a permis d'occuper quelques-unes de nos journées, de faire profiter notre corps d'une bonne 'activité sportive, de découvrir la nature de notre région et de tisser des liens entre les responsables des différentes unités. Le soucis écologique faisant également partie de notre quotidien scout, ce projet nous a fait prendre conscience des nombreuses possibilités de faire des activités ensemble sans nécessiter de déplacements démesurés, et nous a appris à tirer profit des transports publics, même dans nos régions plutôt reculées. Suite à cette aventure, il est certain que notre vision des petits panneaux jaunes aura changé…

Ces huit épisodes des panneaux de la gare n'auraient pas été possibles sans les quelques outils techniques. Nous tenons tout particulièrement à citer les chemins pédestres bernois pour l'excellent travail de balisage ainsi que leur outil de planification de randonnées sur Internet, Swisstopo pour les cartes nationales qui nous sont très chères pour bon nombre de nos activités scoutes, et les CFF pour son réseau de transports en commun.

Moutier, le 04.05.2011
La conquête en quelques mots

Un défi, ça part souvent de rien. Pourquoi ne pas tenter de rejoindre toutes les destinations proposées sur les panneaux de randonnée pédestre de la gare de Moutier ? Voici un beau projet qui s'inscrit à merveille dans notre façon de vivre le scoutisme : partager, montrer nos valeurs, prendre le temps de se connaître en discutant et en vivant des moments forts ensemble. L'idée a vite convaincu nos responsables, et très vite ils sont partis sur la route et les sentiers pour 141 kilomètres et 6000 mètres de dénivelé.

Nos 8 randonnées

Nous avons organisés les 25 destinations auxquelles nous voulions nous rendre en 8 randonnées.

  1. Pavillon, téléscope d'observation, montagne de Moutier, la Combe, Courrendlin (article)
  2. Moron, Montbautier, Tramelan (article)
  3. Eschert, Oberdörferberg, Gänsbrunnen (article)
  4. Belprahon, Raimeux de Belprahon, Raimeux/Sommet, Crémines (article)
  5. Le Pichoux, Bellelay
  6. Petit Champoz, Champoz, Reconvilier, Tavannes
  7. Montagne de Graitery, Court
  8. Gorges de Court, Sonceboz (article)
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